16/02/2012

Les années 60 - Prélude à la grande aventure

ocdmq1.jpgRicoSaga.jpgDans les années 60, Mireille n'avait pas beaucoup de temps pour penser au flirt. Pas de bal, de sortie ou de cinéma car ce sont des plaisirs qui coûtent chers et les Mathieu ne sont pas riches. Mireille apprendra cependant à connaître, les chansons à la mode. Tino Rossi, Maria Candido, Edith Piaf défilent.

De nouvelles idoles sont propulsées dans le monde féerique de la chanson et le microsillon commence à connaître ses lettres de noblesse, tandis qu'un autre monde e bouge de l'autre côté de l'Atlantique avec Elvis Presley, Bill Haley et tant d'autres qui donnent les premiers tours de manivelle au Rock'n Roll.
Johnny Hallyday a 16 ans et vient met en France le feu aux poudres. Tous les jeunes n'ont plus qu'une rêve : devenir l'idole de demain.

Mireille comme tous ceux de son âge commence à se poser la question : "Pourquoi pas moi ?". L'effet magique du petit écran fait son œuvre de boîte à rêves.

dyn010_original_357_215_pjpeg__bb819918b3f9c62873159ed2ed1d0c56.jpgEt Mireille rêve, mais c'est encore un rêve inconscient. Sa maman, Marcelle, est enceinte pour la treizième fois et Mireille a donc d'autres soucis en tête - sauf le temps des émissions, le soir, où chacun se chamaille gentiment pour occuper la meilleure place devant la télé.

C'est à cette époque que Raoul Colombe, qui est adjoint au maire d'Avignon, à l'idée d'officialiser un concours de chant en plain air qui s'intitulera « On chante dans mon Quartier ».

Toutes les catégories sont libres de s'y produire : chansonnette, charme, réalisme, opéra. Les éliminatoires ont lieu en public.
Le lauréat de chaque catégorie se voit attribué un magnifique diplôme de la ville d'Avignon qui pourrait lui donner un coup de pouce dans le monde de la chanson.

dyn008_original_236_238_pjpeg__7c1ccb7838555e778750b271031dde59.jpgDepuis que Johnny Hallyday, Sheila, Claude François, Françoise Hardy et Sylvie Vartan sont au haut de l'affiche malgré leur très jeune âge, le concours d'Avignon prendra progressivement plus importance pour les jeunes qui y participent.

Un soir de juin, alors que Mireille allait prendre avec sa soeur Monique un chocolat au « Palais de la Bière », elle voit une affiche indiquant qu'un critérium de la chanson ouvert à tous aura prochainement lieu.
Sa sœur, Monique, qui connaît bien le rêve de Mireille lui demande pourquoi elle ne se présente pas. Mireille qui était bien connue pour sa belle voix et ses interprétations remarquées de Maria Candido et Edith Piaf se souvient des bravos réservés par ses amies travaillant avec elle en usine.

Elle se laisserait volontiers convaincre, mais son père, Roger Mathieu, serait-il d'accord ? Dans les années 1960 l'autorité paternelle était toute puissante.

michele torr,raoul colombe,maria candido,cartier,radio-crochet,ricosagaLorsque Mireille lui en parle, son papa qui se souvient de ses propres ambitions lui répond : « Tu veux devenir chanteuse Mireille ? Et bien... je ne t'en empêcherai pas. Bien au contraire !

Les dés sont jetés, mais il reste à remporter le premier prix du critérium « On chante dans mon quartier ». Marcelle Mathieu, vient de mettre la dernière main à la petite robe que portera Mireille. Mireille se présentera dans la catégorie « Chanteuse réaliste » avec les « Cloches de Lisbonne », une chanson de Maria Candido.
Mireille est fortement encouragée par ses proches, mais rien n'est gagné car il y a beaucoup de jolies voix en Provence. Mireille a cependant confiance.

En 1962, le choc sera rude pour Mireille qui voit Michèle Torr, une autre débutante lui être préférée en demi-finale. Son rêve s'écroule, mais pas pour longtemps.

C'est ici que nous retrouvons Raoul Colombe qui a perçu en Mireille un talent particulier qu'il veut encourager. Il lui conseillera de prendre des leçons de chant. Avec ses énormes possibilités, Mireille, il ne doute pas que Mireille l'emporteras l'année suivante.
Mireille commence à envisager sérieusement sa carrière de chanteuse, car elle a senti le charme qu'elle exerçait et sur la presse régionale et sur le public.

ocdmq2.jpgRoger Mathieu, lui aussi croit au destin de Mireille et va user de toutes ses relations pour trouver un professeur de chant pour Mireille.
Mireille les paiera en faisant des heures supplémentaires à l'usine.

Le nom de son professeur de chant est Laure Collière qui avait été répétitrice de chant à l'Opéra d'Avignon. Pendant deux longues années Laure Collière fera tout pour que Mireille apprenne le solfège.

De nombreuses chansons du répertoire d'Edith Piaf sont interprétées et beaucoup travaillées. Tu n'a pas la voix de la môme Piaf, pourquoi vouloir à tout prix la chanter ? demande Laure Collière qui devine que Mireille court devant un nouvel échec. L'obstination de Mireille est trop forte : elle chantera Mme Piaf.

En juin 1963, c'est un nouvel échec, en finale cette fois-ci avec « L'hymne à l'amour ». « Une très bonne voix, mais pas encore tout à fait au point», dira le jury.

dyn006_small150_432_648_jpeg_2677228_29669bed94c9313fde39944c14b10a4c.jpgMireille sent intuitivement qu'elle est sur la bonne voie et que le public l'aime malgré l'échec. Très disciplinée, elle poursuit ses leçons de chant
L'année suivante, donc en 1964, elle remporte la victoire avec « La Vie en Rose ». C'est le délire chez les Mathieu. Mireille signe aussitôt un contrat pour une tournée d'été et un passage à l'Alhambra de Marseille.

Pendant ce temps, Raoul Colombe, l'adjoint au maire d'Avignon veille. C'est grâce à lui que Mireille est retenue pour les éliminatoires d'une émission télévisée, Télé-Dimanche, animée par Roger Lanzac. La grande aventure commence.

Sources : Christian Page "Mireille Mathieu", vérifications dans "Oui, je crois" (J. Cartier) et "La véritable Mireille Mathieu" (E. Bonini). Adaptation : Ricochet (Blog Avignon).
N.B. - Erreur de Christian Page ou "coquille" de l'éditeur, sur base de son livre (p. 25, Brea Editions), Mireille aurait participé à "On chante dans mon quartier" en 1963, 1964, 1965. "Oui, je crois", "MM-Vedette à la Une" et "La véritable MM" indiquent : 1962, 1963, 1964.

Adaptation/corrections : Ricochet pour Radio CoCoon (3e partie).

11/03/2011

D'un livre à l'autre

les 'piaf'.JPG

piaf la vérité.JPGDe nombreux livres consacrés à la chanson française voient le jour. Lorsque l'on est fan de Mireille ou de tout autre artiste, le premier réflexe est de voir ce que l'auteur a écrit à leur sujet. Dès lors vous ne vous étonnerez pas que j'en avais de même en octobre 2008 pour le livre d'Emmanuel Bonini "Piaf, la vérité" (Pygmalion/Flammarion - 2008).

Le livre de M. Bonini étant entièrement consacré à Piaf et sa vie tumultueuse s‘il en est, c'est aux dernières pages de l’ouvrage que Mireille et d'autres "ombres de la grande Edith" sont évoquées de façon clairvoyante, bien que laconique pour un livre si épais. Mais le sujet étant Edith Piaf, il ne pouvait en être autrement.

Le portrait de la demoiselle d’Avignon dans "La véritable Mireille Mathieu" du même Emmanuel Bonini, paru en 2005, est-il conciliable avec celui de la Mathieu dessiné à gros traits dans "Piaf, la vérité" ? Il est probable qu'un compliment sur le moineau d'Avignon aurait été mal perçu par les admirateurs de Piaf qui sont le public cible pour cet ouvrage… et que cela aurait pu mener notre auteur à un second boycott bien plus retentissant que celui de la cuvée Mathieu 2005 ; car que ce soit côté Piaf ou côté Mathieu, les fans extrémistes sont impitoyables vis-à-vis de ceux qui osent mettre leur star sous le projecteur de la vérité et font table rase des clichés qui l'accompagnent. Le marketing justifierait donc à lui seul cette complaisance.

dyn006_small150_189_297_jpeg_49341_5d819b65131e54e04fddbab67393158a.jpgLes lecteurs attentifs de "La véritable Mireille Mathieu" se souviendront des compliments adressé par l’auteur à notre demoiselle où le manager, Johnny Stark, faisait l'objet d'un admiration assez profonde - du moins sur le plan professionnel. Dans "Piaf, la vérité". Mireille Mathieu côtoie Fauvette, Betty Mars et . Michèle Torr, Simone Langlois et Nicole Croisille ne sont pas non plus oubliés. La grande absente est Martine Baujoud, un nom qui a compté aussi dans le monde de la chanson, mais pas assez longtemps sans doute.

Toutes ces artistes bénéficient d'un petite phrase tantôt douce, tantôt assassine qui mène droit au constat on ne peut plus vrai : malgré les gros moyens mis en oeuvre pour trouver une nouvelle Piaf, la Môme n'a jamais eu de successeur. Johnny Stark, prend quant à lui le bouillon avec plein cadavres sur la conscience… Mais rassurez-vous, Mireille y est mieux servie.

Le site de Philippe "Aujourd'hui" présentait il a quelque temps la couverture du livre "100 ans de la chanson française " de Louis-Jean Calvet (Editions de l'Archipel - 2006). Je me suis aussitôt souvenu de l'existence de l'article consacré à Mireille dans ce livre et me suis « amusé » de le relire.

georgette lemaire,michèle torr,simone langlois,johnny stark,emmanuel bonini,edith piaf,livresCe qu’on y apprend est parfois édifiant, ainsi Mireille Mathieu, qui serait née en 1947 (sic), "étonne par sa neutralité" et son "côté absent". Ses émotion et ses gestes passeraient "comme une succession de commandes mal exécutées". Mireille aurait également fêté ses 40 ans de chanson dans une indifférence généralisée.

Tout artiste, aussi bon ou mauvais soit-il, ne pouvant selon moi être remplacé, il peut tout au plus être imité. Nos fantaisistes ne s'en privent d'ailleurs pas. Mireille Mathieu a-t-elle jamais voulu remplacer Piaf ? Je ne le pense pas car comment vouloir remplacer quelqu'un que l'on admire ? Cela ne signifie pas que Mireille n'a pas eu l'ambition d'atteindre les sommets du music-hall à l’image de Piaf - et elle y est arrivée… sans être Piaf.

Piaf ne sera jamais remplacée ; Damia ou Fréhel ne l'ont jamais été non plus. Cela devrait nous réjouir, car si nous aimons un artiste c'est pour ce qu'il est et non en mémoire d'un « cher disparu ». Un artiste n’en remplace pas un autre dans nos cœurs, il s’y ajoute.

QLFCaj.jpg

29/10/2010

Le show-biz est un ring

 

MMFBD.jpgRicoEdito.jpgComme signalé il y a deux jours, mes articles sont parfois inspirés par d'autres sites ou blogs MM. Personne ne doutera que c'est le site français qui m'inspire le plus et c'est bien normal car il est le seul à oser avoir de temps en temps des "coups de gueule". Il est vrai que ses victimes ne sont jamais dans le camp de Mireille... mais il y a mérite quand même.
En deux jours de temps - et c'est une prouesse - les flèches du site français sont joliment  tirées sur Georgette Lemaire. Il est évident que Georgette Lemaire est une chanteuse qu'on est en droit d'aimer ou ne pas aimer la voix, mais il est dommage de faire un amalgame entre son talent d'interprète et son style de vie.

Je ne vois pas dans quel but le site français s'est mis en tête de vouloir affirmer à qui veut l'entendre - et à tort - que Georgette Lemaire déteste Mireille Mathieu. Si je me réfère à la biographie de la Parisienne - où il y a effectivement matière à choquer les âmes délicates - il apparaît clairement que c'est Johnny Stark qu'elle n'apprécie vraiment pas. Evidemment si l'on part de l'idée que Johnny Stark = Mireille Mathieu, il n'y a rien à redire.
Par ailleurs, et contrairement à ce qui se dit en général, Georgette Lemaire a fait une belles carrière dans les années 60-70 - malgré Johnny Stark. J'y vois un signe que si Johnny Stark était effectivement très puissant dans le show-biz jusque dans les années 80, il n'en était pas le pape.
Malgré Johnny Stark, qui constituait un obstacle majeur à l'éclosion de la carrière artistiques de nombreuses chanteuses féminines, Nicoletta, Michèle Torr et Georgette Lemaire ont eu leur période de gloire.
Ne pas s'en souvenir c'est avoir la mémoire courte. Georgette Lemaire elle-même semble parfois être frappée de ce mal.

4206649bijjt_1663.jpgGeorgette Lemaire. - "J'avoue que je n'aurais jamais pu me laisser diriger comme Mireille Mathieu. J'avoue aussi qu'elle est beaucoup plus bosseuse que moi, prête à tout sacrifice et toutes les concessions pour voir apparaître son nom en lettre d'or en haut de l'affiche. Moi, je suis d'une autre trempe : travailler, oui, mais pas m'user à la tâche au détriment des autres. Passer ma vie entre deux avions, à l'autre bout du monde, sans voir mes fils grandir, je n'aurais pu le concevoir. Rester trop loin de maman malade, je n'aurais pu l'accepter. Il me fallait ma liberté de penser et surtout d'agir.
Les ordres, l'autorité, très peu pour moi. Enfant déjà, je ne le supportais pas. C'est sûr qu'avec un Stark comme mentor, la donne aurait été complètement différente : qui sait si ce n'est pas lui qui aurait dû plier, céder ? Et non pas l'inverse. C'est peut-être moi qui l'aurait maté."
(Georgette Lemaire - "A m'en déchirer le coeur")

Le mea culpa de Georgette Lemaire a de toute évidence été écrit par elle même, y a pas photo, ça part en douceur mais se termine dans le décor par un emportement excessif (je m'y reconnais un peu...). Difficile d'imaginer pouvoir faire carrière à vie dans ces conditions, même si l'on a la plus belle voix au monde. Petit avis tout à fait personnel, la liberté revendiquée par GL n'est-elle pas plus contraignante que le "boulot de forçat" ? Il est vrai que dès le départ les cartes étaient distribuées, l'une commençant sa "vie" à zéro en ayant la carrière d'artiste pour seul objectif, l'autre ayant déjà perdu de précieux atouts par des choix plus prosaïques. Pour toutes deux, la galère était de toute évidence appareillée.
Conclusion, pour faire carrière il faut beaucoup de talent, de discipline, de travail, d'ambition, de chance - et de santé. Et pour mettre un peu d'huile sur le feu la question du jour est : vaut-il mieux faire une bonne carrière en France qu'une mauvaise carrière internationale ? Aïe ! vous avez raison. 

41BECVEKGKL.JPGEt que dit l'ami Emmanuel Bonini de tout ça ?

Or qu'est-ce que le talent sinon l'aptitude à attirer une foule, à l'hypnotiser ensuite ? Pour l'heure, les gens viennent toujours voir Mathieu. Elle a donc du succès, à part égale par son talent et par le management musclé et intelligent de Stark. Car tous les gens qui ont du talent ne connaissent pas forcément gloire et succès et inversement.
"Si la célébrité se mesurait au talent, des interprètes comme Cora Vaucaire, Patachou, Catherine Sauvage ou Catherine Ribeiro occuperaient les premières places, loin devant Dalida ou Mlle Vartan", se hérisse un critique.     
[...] Dans un livre passionnant où il part à la rencontre de tous ses interprètes, Pierre Delanoë qui a écrit plusieurs chansons pour Mireille Mathieu (
Qu'elle est belle, Le Rossignol anglais, Ciao Bambino SorryMade in France, etc.), dont il ne dit pas un traître mot, estime que Nicoletta pourrait et devrait devenir la chanteuse française numéro 1 : "Elle possède une voix exceptionnelle, qui va du grave et du rauque au suraigu et au velours. [...] Elle a en elle apparemment tous les éléments qui font les stars ; il lui manque sûrement quelque chose, puisqu'elle n'est pas ce qu'elle devrait être. [...] Je crains dans son cas une certaine influençabilité qui laisse supposer qu'elle n'a pas suffisamment de force de caractère pour résister aux sollicitations et aux séductions de la vie quotidienne." Sauf notre respect et notre grande admiration, ce n'est que l'avis de Pierre Delanoë. Il manque surtout à Nicoletta un Johnny Stark à sa pointure. [...]
Dans le registre des grandes voix, nous pensons aussi à Nicole Croisille, mais surtout à Michèle Torr, capable d'interpréter avec maestria
L'Hymne à l'amour sans micro et a capella devant une salle de deux mille personnes (un coup de force autrefois naturel). Encadrée par Paul de Senneville et Jean Albertini, après quelques années plutôt discrètes, l'ex-lauréate de On chante dans mon quartier, à Avignon, revient en lumière avec une avalanche de tubes et cette fois Johnny Stark n'y pourra rien. Pour lui, tous ces talents pluriels portent un nom : "la concurrence". En face, la vision est la même. Le show-biz est un ring.