13/03/2014

Quand Bob Sellers rappelle Hermann Hesse...

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La vidéo de la session 7/15 pour l'enregistrement de Paris Jazz, la remarque du pianiste Bob Sellers lorsqu'il s'adresse aux musiciens du studio m'a rappelé un texte de Hermann Hesse (prix nobel 1946) :

"Vous avez un problème, les chanteurs. Quand vous avez une bonne chanson que vous aimez, vous voulez "l'interpréter", or elle dit tout et vous avez la voix qui le dit de tout façon, donc, n'en rajoutez pas..."

9782702132838FS.jpgDans "L'art de l'oisiveté" de Hermann Hesse (le livre réunit des textes écrits entre 1899 et 1959), l'auteur de "Siddharta" et du "Loup des Steppes" écrit ceci dans sa "Lettre à une cantatrice" :

Entendre chanter quelqu'un peut assurément procurer une félicité d'une autre nature, et tout aussi intense : celle de se sentir courtisé, conquis et transporté par la personnalité imposante ou séduisante de l'artiste. Mais cette félicité n'est pas pure, elle est légèrement teintée de magie noire, c'est un mauvais alcool que l'on boit à la place d'un bon vin, et cela finit par provoquer un sentiment de dégoût. Cette forme impure de plaisir musical nous égare et nous corrompt de deux manières : elle fait diverger sur l'interprète l'intérêt et l'attachement que nous lui vouions au départ de l'oeuvre d'art ; par ailleurs elle fausse notre jugement en nous amenant pour l'amour du musicien à nous accorder de choses que nous refusions d'entendre auparavant. Ainsi la voix de la sirène conserve-t-elle son charme magique, même lorsqu'elle interprète le plus médiocre des airs connus. [...]

[...] Il est nécessaire non seulement d'exercer celle-ci (ndl sa voix exceptionnelle) avec une extrême précision, mais aussi de posséder une intelligence considérable, une capacité à saisir pleinement les qualités musicales d'une oeuvre. Il faut savoir reconnaître en premier lieu qu'elle forme un tout, éviter de faire ressortir ses meilleurs passages, ceux qui mettent en valeur les virtuoses pour les offrir au public avec une débacle d'effets qui nuisent à l'ensemble. [...] Il arrive parfois qu'une cantatrice remplisse ces exigences apparemment si simples lors de sa prestation, qu'elle chante réellement ce que le compositeur a écrit, sans rien omettre ni ajouter, sans rien falsifier, en rendant justice à chaque note et à chaque mesure. Nous avons alors le sentiment d'être en présence d'un événement inespéré, d'un miracle ; nous ressentons une gratitude réconfortante, une douce plénitude qui se manifeste [...]

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